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Liberté scientifique et conduite responsable des scientifiques

Dans cette série d'articles, les membres du Comité pour la liberté et la responsabilité en science de l'ISC partagent leurs réflexions sur les questions de confiance envers la science, notamment dans le contexte de l'élaboration des politiques. Le premier article présente Karly Kehoe, qui examine les responsabilités éthiques des scientifiques et des institutions.

En septembre 2024, le Conseil international des sciences (ISC), en collaboration avec le Centre commun de recherche de la Commission européenne et avec le co-parrainage de la Fondation nationale américaine pour la science (NSF), a organisé l’atelier « Confiance en la science et politiques publiques ». Cet événement a réuni des experts afin d’examiner la dynamique complexe de la confiance en la science dans le processus d’élaboration des politiques et d’aborder une question centrale : Dans quelle mesure les questions de confiance dans la science pour l'élaboration des politiques peuvent-elles être dissociées des questions plus générales de confiance dans les institutions démocratiques ?

En mai 2025, les partenaires ont publié le rapport qui en a résulté. La confiance dans la science pour le lien politiqueCe document expose les principaux défis et propose des stratégies pour renforcer la confiance entre les scientifiques, les décideurs politiques et le public – en particulier dans un contexte marqué par la défiance, la désinformation et la mésinformation.

Les membres de l'ISC Comité pour la liberté et la responsabilité en science La CFRS (Société canadienne de recherche scientifique) propose désormais ses réflexions sur le rapport dans une série de billets de fond. Son travail vise à défendre les principes qui sous-tendent la science en tant que bien public mondial - incluant le droit humain de participer à la science et d'en bénéficier – s’inscrit pleinement dans les thèmes abordés lors de l’atelier. Leurs contributions apportent des nuances et des perspectives supplémentaires issues de différentes disciplines et régions.


A propos de l'auteureS. Karly Kehoe, Fellow membre de la Société royale du Canada, professeur d'histoire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les communautés du Canada atlantique à l'Université Saint Mary's

Les institutions démocratiques – celles qui permettent le progrès scientifique (c’est-à-dire la production de connaissances par une recherche rigoureuse) – sont fragilisées par une culture croissante de désinformation et de mésinformation. Une étude récente de l’OCDE (2024) a révélé que 44 % des citoyens d’un échantillon de 30 pays ont « peu ou pas confiance dans leur gouvernement national ». Le problème est que, même si nous savons que des systèmes de conseil scientifique performants favorisent un écosystème décisionnel solide, la confiance dans la recherche est elle aussi en déclin. Dès lors, une question se pose : que peuvent faire les chercheurs pour inverser cette tendance ?

Premièrement, il faut reconnaître que la liberté académique n'a pas pour but de protéger les opinions sur des sujets pour lesquels nous ne possédons pas d'expertise de recherche. Elle vise plutôt à protéger le chercheur qui s'exprime sur ce qu'il sait, en raison de… présenter Les recherches qu'ils mènent sont essentielles. Protéger l'intégrité de la recherche et du processus de recherche est primordial. La crédibilité et l'avenir de notre infrastructure scientifique mondiale dépendent de notre capacité, en tant que chercheurs, à être clairs sur ce que nous savons grâce à nos recherches et sur ce que nous ignorons encore.

Deuxièmement, nous devons mettre en place des processus de recherche plus inclusifs qui invitent à la participation du public. Le public se sent éloigné de la recherche parce qu'il Ces Bien souvent, les universités locales en sont tenues à l'écart. Or, les recherches montrent que plus la science est éloignée du public, moins elle inspire confiance. Les universités locales ont l'opportunité de renforcer cette confiance en tissant des liens plus étroits et plus significatifs avec les communautés qui les entourent. Inviter le public à participer à la coproduction de la recherche, en adaptant nos processus de recherche pour qu'ils intègrent davantage de voix, de perspectives et d'idées nouvelles, est susceptible d'apporter des bénéfices considérables. Cela permettra de construire des relations plus solides et plus fiables entre la recherche universitaire et le public, et de stimuler notre économie, car « les sociétés et les économies où règne la confiance sont généralement corrélées à la prospérité ».

Troisièmement, il est essentiel que nous, les chercheurs, soyons perçus comme des intermédiaires impartiaux qui partagent des informations factuelles avec la plus grande exactitude et la plus grande objectivité possible. Bien sûr, nous sommes tous humains et nos valeurs influencent notre travail, mais notre responsabilité de chercheurs nous impose de nous fonder sur les données probantes et les résultats de la recherche.

Enfin, il est important de rappeler que les fonctionnaires n'ont pas le pouvoir de décider de ce qui constitue une politique et de ce qui ne l'est pas. Dans les sociétés démocratiques, ce rôle incombe au gouvernement élu. En tant que chercheurs, nous devons collaborer avec ce système en mettant nos recherches à disposition afin que les responsables politiques puissent prendre des décisions éclairées et fondées sur des données probantes. Si nous restons fermes en tant qu'intermédiaires intègres, ayant mené un travail significatif en partenariat avec des acteurs extérieurs au monde universitaire, nous pourrons rétablir et renforcer la confiance dans le processus de recherche et la communauté scientifique. C'est ainsi que nous pourrons ériger une défense critique contre la pseudo-science, la désinformation et la mésinformation, et consolider nos institutions démocratiques.


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Photo par Connie de Vries onUnsplash

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