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Ce dont le monde a besoin aujourd'hui, ce sont à la fois des « défenseurs de la science » et des « diplomates scientifiques ».

Dans ce commentaire, Françoise Baylis soutient que le modèle du « médiateur impartial » sous-estime la complexité des interactions entre science et politique. Elle défend plutôt le rôle du « diplomate scientifique », qui facilite un dialogue fondé sur des données probantes tout en reconnaissant que les choix politiques dépendent davantage des valeurs que de l'autorité scientifique.

Cet article fait partie d'une série de billets de blog rédigés par des membres de l'ISC. Comité pour la liberté et la responsabilité en science (CFRS) partagent leurs réflexions sur le La confiance dans la science pour le lien politique rapport publié à l'issue d'un atelier co-organisé par le Conseil international des sciences (ISC) et le Centre commun de recherche de la Commission européenne, avec le co-parrainage de la Fondation nationale américaine pour la science.

L'atelier a réuni des experts pour examiner la dynamique complexe de la confiance dans la science dans le cadre de l'élaboration des politiques et pour se pencher sur une question centrale : Dans quelle mesure la confiance dans la science pour l'élaboration des politiques peut-elle être dissociée des questions plus générales de confiance dans les institutions démocratiques ?


A propos de l'auteure: Françoise Baylis (CM, ONS, PhD, FRSC, FISC) est professeure de recherche émérite à l'Université Dalhousie. Elle est également vice-présidente du Comité sur la liberté et la responsabilité en science du Comité international scientifique (2022-2026) et présidente de la Société royale du Canada (2025-2028).

Le rapport 2025 La confiance dans la science pour le lien politique vise à soutenir les scientifiques dans leur rôle de médiateur impartial. Rapport Elle souligne en particulier « la nécessité de pratiques scientifiques transparentes, responsables et inclusives pour favoriser la confiance, [et propose] que les scientifiques agissent comme des « médiateurs honnêtes » pour faciliter cette confiance ». Cette perspective exige une compréhension claire du rôle de « médiateur honnête » et de ses limites.

Dans l' Honest Broker : Comprendre la science et la politique Roger Pielke Jr. décrit quatre rôles idéaux pour les scientifiques dans la prise de décision démocratique : le « scientifique pur », l’« arbitre scientifique », le « défenseur d’une cause » et le « médiateur impartial des alternatives politiques ». Ce dernier rôle est souvent évoqué avec un enthousiasme considérable dans les rapports politiques rédigés par des scientifiques et des décideurs. C’est le cas du rapport récemment publié. La confiance dans la science pour le lien politique

Le « scientifique pur » et l’« arbitre scientifique » sont des caricatures de scientifiques qui se dérobent à tout engagement politique, préférant se contenter d’être des sources d’information. À l’opposé, le « défenseur d’une cause » désigne les scientifiques qui participent à l’élaboration des politiques et défendent généralement les travaux scientifiques qui confortent une option politique précise. Enfin, il y a le « médiateur impartial des alternatives politiques », un scientifique qui s’engage dans l’élaboration des politiques sans chercher à y imposer subrepticement l’autorité de la science, dans des débats qui portent fondamentalement sur des valeurs.  

Concrètement, le rôle du « médiateur impartial » est d'élargir le débat politique en diversifiant les options envisagées. Il assure cette médiation, laissant aux décideurs le soin de restreindre ces options et, finalement, d'en choisir une. Pour beaucoup, accepter cette répartition des responsabilités constitue une première étape essentielle pour instaurer un climat de confiance entre scientifiques, décideurs et citoyens. 

Dans mon écrits personnelsJe remplace donc le rôle de « médiateur impartial » par celui de « diplomate scientifique ». De manière très générale, un diplomate est une personne capable de faciliter des compromis respectueux de l'intégrité et fondés sur les connaissances, dans le cadre d'une prise de décision collective.  Dans le domaine de la diplomatie scientifique, le travail du diplomate scientifique consiste à clarifier les fondements scientifiques des différentes options politiques, à identifier les points d'intérêt commun et de convergence autour de la science et, le cas échéant, à élargir le champ des possibles. ou rétrécissement (expansion ou contrats; enrichissant ou l'élimination) les options politiques envisagées. L’enthousiasme pour le rôle de « diplomate scientifique » est facile à comprendre à une époque où les discussions et les débats sont dominés par l’incertitude scientifique, les conflits de valeurs et une désinformation et une mésinformation considérables. 

Le « diplomate scientifique » comprend que toute science est empreinte de valeurs et admet que l'expertise en matière de jugements scientifiques diffère de l'expertise en matière de jugements normatifs ou politiques. Aucune quantité d'informations scientifiques ne peut concilier les différences de valeurs ni surmonter les dissonances politiques. En effet, L'expertise scientifique n'a pas d'autorité pré-politique.

Le « diplomate scientifique » contribue à aligner l'information scientifique sur les valeurs et les intérêts afin de clarifier quelles options politiques soutiennent quels objectifs politiques. De cette manière, le « diplomate scientifique » facilite plutôt qu'il ne dirige le processus d'élaboration des politiques, préservant ainsi les intérêts de la communauté scientifique.Indépendance et intégrité scientifiques face à toute ingérence politique« Négocier, marchander et faire des compromis, c'est le travail du décideur politique, pas celui du « diplomate scientifique ». »  

Lorsque la science est menacée, comme c'est le cas actuellement, le rôle du « défenseur de la science » est crucial pour promouvoir la recherche du savoir et réfuter l'idée fausse selon laquelle la science serait au service d'une bureaucratie woke. Ce travail du « défenseur de la science » libère un espace précieux pour le « diplomate scientifique », dont la mission, si elle est bien menée, devrait contribuer à renforcer la confiance dans la science. 


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Photo par Connie de Vries on Unsplash

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