A propos de l'auteure:
Vanessa McBride Elle est directrice scientifique du Conseil international des sciences et directrice du Centre pour l'avenir des sciences. Docteure en astronomie de l'Université de Southampton, elle possède plus de quinze ans d'expérience, notamment à divers postes de direction, au sein d'universités, d'infrastructures de recherche et de programmes scientifiques au service du développement, dans un contexte international. Avant de rejoindre le Conseil international des sciences, elle travaillait au Bureau de l'astronomie pour le développement de l'Union astronomique internationale, où elle a œuvré au rapprochement entre les communautés scientifiques universitaires et celles du développement.
L'humanité observe la Lune depuis des millénaires. Sa surface cratérisée, visible à l'œil nu, témoigne d'impacts violents et d'une gravité implacable. Mon fragment de roche lunaire est un vestige tangible de cette histoire tumultueuse.
Notre connaissance de la face cachée de la surface lunaire a considérablement progressé grâce aux missions spatiales autonomes, à commencer par la mission soviétique Luna-3 en 1959 et Apollo 16 en 1972. En juin 2024, la mission chinoise Chang'e 6 a même rapporté des échantillons de la face cachée de la Lune.
Mais depuis la Terre, nous ne voyons jamais l'autre hémisphère. En rotation synchrone avec la Terre, la Lune effectue une rotation complète sur son axe pour chaque orbite autour de la Terre. Cette synchronisation s'est développée sur des centaines de millions d'années, la différence d'attraction gravitationnelle terrestre sur le diamètre de la Lune ayant progressivement ralenti sa rotation jusqu'à ce que celle-ci et son orbite coïncident.
La dernière mission spatiale de l'humanité visait à mieux connaître la face cachée de la Lune. Lancée le 1er avril 2026, la mission Artemis II de la NASA a emmené quatre astronautes pour le premier voyage habité au-delà de l'orbite terrestre basse depuis Apollo 17 en 1972. Le 6 avril, lors d'un survol lunaire de sept heures, l'équipage a observé la Lune dans son intégralité depuis un point de vue inédit et a établi un nouveau record de distance parcourue par des humains depuis la Terre. L'équipage a capturé des images rares, notamment des détails de cratères jamais vus auparavant sur la face cachée et une éclipse solaire totale lorsque la Lune est passée entre le vaisseau spatial et le Soleil.
Au-delà d'images à couper le souffle, l'équipage a réalisé d'importantes observations scientifiques, allant de la compréhension de la perception des couleurs et des variations de réflexion à la surface lunaire à des études dynamiques des cratères d'impact et des flashs lumineux. Ces phénomènes aident les scientifiques à mieux comprendre les risques d'impact et les processus de surface dans l'ensemble du système Terre-Lune.
Comprendre les processus qui façonnent la Lune est essentiel pour étudier l'évolution et la géologie des autres planètes de notre système solaire, y compris la Terre. La Lune est dépourvue d'atmosphère, d'océan, de tectonique des plaques, de végétation et sa gravité est plus faible que celle de la Terre. Les impacts et les changements géologiques ne sont ni effacés ni camouflés à sa surface comme sur Terre. La Lune n'est donc pas seulement un corps céleste voisin, mais aussi un témoignage préservé des processus qui ont jadis façonné la Terre.
Cette compréhension est tout aussi importante pour le présent et l'avenir que pour le passé. Elle sous-tend notre façon d'évaluer catastrophes et risques et retracer l'évolution des systèmes interconnectés de la Terre au fil du temps. Cela éclaire également nos décisions quant à la manière dont l'humanité explore, voire colonise, des environnements extraterrestres. À mesure que se réduit l'écart entre les ambitions autrefois dignes de la science-fiction et nos capacités techniques actuelles, nous devons nous poser des questions difficiles sur… éthique et responsabilité de l'exploration spatiale.
L'autre moitié de la Lune nous aide à reconstituer l'histoire chaotique du système Terre-Lune, façonné par les météorites et les forces gravitationnelles pendant des milliards d'années. La Lune nous rappelle chaque nuit, par sa vision, que l'équilibre fragile qui permet la vie sur notre planète est précieux et ne doit pas être tenu pour acquis. Il ne s'agit pas d'un état permanent, mais d'un phénomène que nous devons comprendre grâce à la science et protéger par une gestion responsable.
Caractéristique image: La Lune, Vénus et Mars vues depuis le site du Grand Télescope d'Afrique australe. Crédit: Vanessa McBride/ISC